On t’a probablement déjà proposé un crédit lombard, un prêt adossé à ton assurance-vie, ou un financement « optimisé » garanti par ton portefeuille titres. Le conseiller ou le courtier te présente ça comme une opportunité : accéder à du capital sans vendre, éviter la fiscalité, utiliser l’argent de la banque pour t’enrichir.

C’est le narratif. La réalité est exactement inverse.

Ce qu’on te vend

Le pitch est toujours le même, avec des variations cosmétiques selon l’établissement :

« Pourquoi vendre vos actifs et payer des impôts sur les plus-values ? Nous pouvons vous prêter contre votre portefeuille. Vous gardez vos titres, vous continuez à percevoir les dividendes, et vous accédez à des liquidités à un taux préférentiel. C’est de l’optimisation patrimoniale. »

Ça sonne bien. Tu te sens malin. Tu as l’impression d’avoir accès aux mêmes outils que les « riches ». Tu utilises le levier bancaire, comme dans l’immobilier.

Sauf que ce n’est pas du tout le même mécanisme.

Ce qui se passe vraiment

Quand tu nantis ton portefeuille ou ton contrat d’assurance-vie, voici ce que tu fais réellement :

Tu leur apportes du collatéral de qualité

Tes actifs — actions, obligations, OPCVM, fonds euros — deviennent une garantie inscrite à leur bilan. Pour leurs ratios prudentiels (Bâle III, Solvabilité II), c’est de l’or. Tu améliores leur situation réglementaire.

Tu verrouilles tes encours chez eux

Un client avec des actifs nantis ne part pas. Tu veux transférer ton PEA ailleurs ? Changer de banque ? Liquider pour saisir une opportunité ? Il faudra d’abord rembourser le prêt. Tu es captif.

Tu leur donnes un pouvoir de décision sur tes actifs

Si le marché baisse, c’est l’appel de marge. Soit tu apportes du cash, soit ils vendent — sans ton accord, au pire moment, quand les prix sont au plus bas. Le timing n’est plus le tien.

Tu paies deux fois

Les intérêts du prêt, évidemment. Mais aussi les frais de gestion sur les actifs nantis qu’ils t’interdisent de déplacer. Double revenus pour eux, double coût pour toi.

L’inversion du levier

Dans l’immobilier, le levier fonctionne différemment. Tu empruntes pour acheter un actif que tu ne possèdes pas encore. La banque prend une hypothèque sur le bien, mais :

  • Il n’y a pas d’appel de marge si les prix baissent
  • L’amortissement réduit ta dette chaque mois
  • Tu conserves le contrôle opérationnel total

Avec un nantissement de portefeuille, tu possèdes déjà l’actif. Tu ne crées pas de richesse nouvelle. Tu transformes simplement un actif libre en actif grevé. Tu échanges ta flexibilité contre des liquidités temporaires.

Le narratif : « Tu utilises l’argent de la banque pour t’enrichir. »

La réalité : « La banque utilise tes actifs comme levier pour son propre bilan, et tu paies pour ce privilège. »

Pourquoi si peu de gens comprennent ça ?

Parce que le système est conçu pour que tu ne le voies pas.

Les conseillers patrimoniaux sont formés à présenter ces produits comme des « solutions ». Les supports marketing parlent d' »optimisation fiscale » et de « stratégie patrimoniale avancée ». Le vocabulaire est celui de l’empowerment : tu accèdes, tu débloques, tu optimises.

Mais regarde qui bénéficie structurellement de l’opération :

Toi

  • Actifs bloqués
  • Risque d’appel de marge
  • Perte de flexibilité
  • Frais multiples
  • Dépendance créée

La banque

  • AUM captif garanti
  • Collatéral de qualité
  • Revenus récurrents (prêt + gestion)
  • Ratios prudentiels améliorés
  • Client verrouillé

Le risque est asymétrique. Quand tout va bien, tu économises un peu d’impôts. Quand ça tourne mal, c’est toi qui assumes — et eux qui décident.

La vraie liberté financière

Elle ne consiste pas à maximiser le levier partout. Elle consiste à garder des options.

Un portefeuille titres non nanti, c’est :

  • La capacité de vendre demain si une opportunité se présente
  • La possibilité de changer de courtier, de banque, de pays
  • L’absence de compte à rendre à quiconque sur tes décisions
  • Zéro risque de vente forcée au pire moment

Le levier, utilise-le là où il est sain : l’immobilier avec des prêts amortissables classiques. Les règles du jeu sont claires, stables, et il n’y a pas d’appel de marge.
Pour moi, ca a été présenté comme nécessaire pour réaliser une OBO – l’hypothèque de rang1 ne les intéresse pas ! Surtout que leur gestion du risque est externalisée. Maintenant tu sais pourquoi..

Ton portefeuille titres, lui, c’est ta réserve de flexibilité absolue. Pas un collatéral.

Conclusion

La prochaine fois qu’un conseiller te propose un montage « optimisé » avec nantissement, pose-toi une seule question :

« Qui utilise vraiment le levier de qui ? »

Si la réponse n’est pas limpide, c’est probablement que ce n’est pas toi.