Anatomie du Crash Argent du 30 Janvier 2026

Ce que révèlent les rapports COMEX sur la pire journée du métal blanc depuis 1980

31 janvier 2026 · 18 min de lecture

Le vendredi 30 janvier 2026 restera gravé dans l’histoire des marchés financiers. L’argent a subi un effondrement de -30% en une seule séance, passant de records historiques au-dessus de $120/oz à moins de $80 — sa pire journée depuis la débâcle des frères Hunt en 1980. L’or a simultanément perdu plus de 4%, le platine a chuté de $143 et le palladium de $101.

Mais derrière les gros titres se cache une réalité plus nuancée. L’analyse des rapports COMEX officiels — les notices de livraison (delivery notices) et les statistiques de stocks des dépositaires — révèle une dynamique complexe où la mécanique du marché papier entre en collision avec les fondamentaux physiques. Ce n’est pas un krach provoqué par une disparition de la demande, mais une purge mécanique de positions à levier, orchestrée par des hausses de marge successives du CME Group.


1. Les Chiffres du Carnage

-30%
Argent (intraday)
-4.5%
Or (sous $5,200)
-$143
Platine ($2,494)
-$101
Palladium ($1,893)

Le spot argent est passé de $119.47/oz le 29 janvier à environ $78-80 en fin de séance le 30 — un effacement de plus de $40 par once. Les ETFs à levier ont amplifié le mouvement : le ProShares Ultra Silver ETF a perdu près de 60% en une seule journée. Au total, plus d’un milliard de dollars de positions leveragées ont été liquidées sur l’ensemble du complexe métaux précieux.

Pour mettre ce mouvement en perspective, l’argent terminait toutefois le mois de janvier en hausse d’environ 19%, prolongeant un rally de neuf mois consécutifs. Ce n’est pas le début d’un bear market — c’est la correction violente d’une parabole.


2. Le Catalyseur : Les Hausses de Marge Successives du CME

Pour comprendre le crash, il faut remonter à la séquence de décisions du CME Group qui l’a mécaniquement provoqué.

12 décembre 2025

Première hausse de marge de 10% sur les futures argent. Début du resserrement.

29 décembre 2025

Le CME augmente les marges sur l’ensemble des métaux précieux (or, argent, platine, palladium) après les records de fin d’année. L’or avait touché $4,549, l’argent $83.62.

13 janvier 2026

Changement structurel majeur : le CME passe d’un système de marge en dollars fixes à un système basé sur un pourcentage de la valeur notionnelle. L’argent est fixé à 9% du notionnel. Ce changement signifie que les marges augmentent automatiquement avec le prix.

28 janvier 2026

Nouvelle hausse : les marges passent de 9% à 11% du notionnel (12.1% pour les profils à risque élevé). Les marges sur platine et palladium sont également augmentées.

30 janvier 2026

Effondrement. Les marges cumulées, combinées au nouveau système pourcentage, rendent les positions impossibles à maintenir pour les spéculateurs à fort levier. Les liquidations forcées s’enchaînent en cascade.

Le Piège de la Marge Pourcentuelle

Le passage au système pourcentuel est le véritable game-changer. Sous l’ancien système à dollars fixes, un trader payait un montant prédéterminé par contrat quelle que soit l’évolution du prix. Avec le système pourcentuel à 11% du notionnel, chaque contrat argent de 5,000 onces à $120/oz exigeait environ $66,000 de collatéral — contre une fraction de ce montant quelques semaines plus tôt. L’effet est auto-renforçant : plus le prix monte, plus la marge augmente, plus le coût de détention des positions explose.

Ce mécanisme a créé ce que certains analystes appellent un « margin trap » — un piège à marges conçu pour empêcher un effondrement systémique de la chambre de compensation, mais qui provoque en retour une liquidation massive des positions spéculatives. C’est exactement le même mécanisme utilisé en 1980 pour briser la position des frères Hunt sur l’argent.

Donnée clé : les données CFTC montrent que les fonds spéculatifs et large speculators avaient réduit leurs positions nettes longues de 36% à seulement 7,294 contrats dans la semaine se terminant le 27 janvier — le niveau le plus bas en 23 mois. Le positionnement était déjà fragile avant le crash.


3. Ce Que Révèle le Rapport de Livraison COMEX du 30 Janvier

Le rapport de livraison (Delivery Notice) du contrat February 2026 COMEX 5000 Silver Futures, daté du 30 janvier avec livraison prévue le 3 février, offre un aperçu direct de l’activité des acteurs institutionnels pendant la tempête.

Firme Type Notices Émises Notices Reçues
JP Morgan Securities Clearing (C) 633 147
Wells Fargo Securities House (H) 122
Macquarie Futures US House (H) 115
Deutsche Bank AG House (H) 58
BofA Securities House (H) 48
HSBC (House + Clearing) H + C 60
Scotia Capital (USA) House (H) 34
Morgan Stanley House (H) 31
ADM Clearing (C) 17
Interactive Brokers Clearing (C) 1
TOTAL 633 633
MONTH TO DATE 2,514

L’Analyse des Flux

Le fait dominant de ce rapport est la position de JP Morgan en tant que vendeur/livreur unique. Les 633 notices émises représentent l’intégralité des livraisons de la journée — 100% du côté vendeur. Chaque notice correspondant à un contrat de 5,000 onces, cela représente 3,165,000 onces (soit ~98.5 tonnes) d’argent physique livrées en une seule journée.

Sur l’ensemble du mois, le cumul atteint 2,514 notices « stoppées » (reçues), soit 12,570,000 onces (~391 tonnes) d’argent ayant changé de mains via le mécanisme de livraison COMEX en janvier.

Le prix de settlement est fixé à $78.29/oz — un prix déjà en forte baisse par rapport aux sommets de $120+ atteints quelques jours plus tôt. JP Morgan livre du métal physique à un prix qu’ils savent être déprimé par les liquidations forcées qu’eux-mêmes et le marché subissent.

Qui Achète ?

Côté « stoppers » (acheteurs/récepteurs), la demande est dispersée entre une dizaine d’acteurs : Wells Fargo (122 notices), Macquarie (115), Deutsche Bank (58), BofA (48), HSBC (60), Scotia (34), Morgan Stanley (31). Fait notable : JP Morgan lui-même reçoit 147 notices en plus d’en émettre 633 — il est simultanément le plus gros vendeur et le deuxième plus gros acheteur. Ce type de positionnement biface est caractéristique du rôle de market maker, mais révèle aussi une stratégie de gestion d’inventaire où la banque optimise la composition de ses stocks.

L’absence d’un acheteur dominant massif en face de JP Morgan suggère une absorption fragmentée de l’offre — pas de « whale » en face pour absorber le flux. C’est un signal de faiblesse à court terme sur le physique.


4. Les Stocks COMEX : La Vraie Histoire est Dans les Coffres

Le rapport Metal Depository Statistics du 30 janvier (activité du 29 janvier) offre une radiographie complète des stocks d’argent physique détenus dans les coffres certifiés COMEX. C’est ici que le tableau se complexifie considérablement.

Comprendre les Catégories

Avant de plonger dans les chiffres, il est essentiel de distinguer deux catégories de stocks COMEX :

Registered — métal enregistré et immédiatement disponible pour livraison sur les contrats futures. C’est le stock « actif » que le COMEX peut utiliser pour honorer les demandes de livraison. Quand un trader demande la livraison physique de son contrat, c’est dans le pool registered que le métal est puisé.

Eligible — métal stocké dans les coffres COMEX qui respecte les standards de pureté et de poids, mais qui n’est pas actuellement mis à disposition pour livraison. Le propriétaire le stocke simplement dans un coffre agréé. Il peut être converti en « registered » à la demande du propriétaire, mais ne fait pas partie du pool livrable tant que cette conversion n’est pas effectuée.

La distinction est cruciale : seul le stock registered compte réellement pour évaluer la capacité du COMEX à honorer les demandes de livraison. L’eligible est du métal « en réserve » qui pourrait devenir disponible, mais n’est pas encore engagé.

Le Tableau Complet des Stocks

Dépositaire Registered (oz) Eligible (oz) Total (oz)
JP Morgan Chase 13,148,586 157,445,661 170,594,248
Brink’s 20,465,874 35,300,104 55,765,977
Loomis International 5,098,249 28,275,003 33,373,252
CNT Depository 16,344,475 16,498,213 32,842,688
Asahi Depository 26,179,538 6,995,673 33,175,211
HSBC Bank USA 3,603,462 22,883,995 26,487,456
Manfra, Tordella & Brookes 8,089,770 13,843,758 21,933,528
Delaware Depository 2,173,977 15,614,017 17,787,994
StoneX Precious Metals 7,738,629 248,296 7,986,925
IDS of Delaware 620,749 3,295,247 3,915,996
Malca-Amit USA 1,416,636 606,897 2,023,532
TOTAL REGISTERED 104,879,945
TOTAL ELIGIBLE 301,006,862
TOTAL COMBINÉ 405,886,807

Les Mouvements Clés du 29 Janvier

Au-delà des totaux statiques, ce sont les mouvements nets et les ajustements qui révèlent les manœuvres des acteurs institutionnels.

JP Morgan Chase — Le mouvement dominant de la journée. La banque a retiré 965,414 onces de son stock eligible (« withdrawn »), tout en effectuant un ajustement massif de -1,640,684 onces de registered vers eligible. En clair : JP Morgan réduit la quantité de métal qu’il rend disponible pour livraison tout en déplaçant des stocks vers la catégorie « en réserve ». Leur stock registered passe de 14.79M à 13.15M oz, tandis que l’eligible passe de 156.77M à 157.45M oz. Le total reste quasi stable à ~170.6M oz.

Brink’s — Même schéma de reclassification : ajustement de -944,717 onces de registered vers eligible. Le stock registered de Brink’s diminue de 21.41M à 20.47M oz.

Manfra, Tordella & Brookes — Encore le même pattern : -929,419 onces reclassifiées de registered vers eligible.

CNT Depository — Cas intéressant avec 23,582,400 onces reçues et 1,126,272 onces retirées, plus un ajustement de +272,291 oz en registered et -272,291 en eligible. Des flux importants dans les deux sens qui indiquent une activité de livraison et de repositionnement intense.

Le signal clé : un transfert net de -3,277,493 onces a été reclassifié de « registered » vers « eligible » sur l’ensemble des dépositaires en une seule journée. Les institutions réduisent systématiquement le pool de métal disponible pour livraison.

Le Paradoxe JP Morgan

Le croisement des deux rapports COMEX révèle un paradoxe fascinant dans le comportement de JP Morgan. D’un côté, la banque est le livreur unique sur le rapport de delivery notices (633 notices, soit 3.165M oz livrées). De l’autre, dans le rapport de stocks, elle reclassifie massivement du métal de « registered » vers « eligible » — réduisant de fait sa disponibilité pour les futures livraisons.

L’interprétation la plus probable : JP Morgan honore ses obligations de livraison actuelles (contrat février) tout en se positionnant stratégiquement pour les mois suivants. En reclassifiant du métal vers « eligible », la banque réduit le pool officiel disponible pour le contrat de mars — un mois de livraison majeur pour l’argent qui s’annonce déjà tendu.

Ce comportement est cohérent avec la stratégie d’un acteur qui anticipe que le resserrement du marché physique va se poursuivre. On livre aujourd’hui à un prix déprimé par le crash, mais on protège ses stocks pour demain quand le physique sera encore plus rare.


5. Le Contexte Structurel : Pourquoi Ce Crash est Différent de 1980

La comparaison avec les frères Hunt en 1980 est tentante — même ampleur de baisse, même mécanisme de hausse des marges — mais les fondamentaux sous-jacents sont radicalement différents.

Le Ratio Papier/Physique à 528:113

L’un des indicateurs les plus révélateurs de la tension actuelle est le ratio entre l’exposition papier (futures et dérivés) et le métal physique réellement disponible. Selon les données d’Investing.com, ce ratio a atteint des niveaux extrêmes : environ 528 millions d’onces d’exposition papier pour 113 millions d’onces de physique dans les coffres. Pour chaque once physique, il existe plus de 4.6 onces « papier » — des promesses de livraison qui ne peuvent pas être honorées simultanément.

Ce système fonctionnait tant que personne ne demandait massivement la livraison. En 2026, cette hypothèse a volé en éclats.

Les Contrôles d’Exportation Chinois

Le 1er janvier 2026, le gouvernement chinois a officiellement reclassifié l’argent comme matériau stratégique, le plaçant dans la même catégorie que les terres rares. Les exportations d’argent sont désormais soumises à des licences gouvernementales, limitées à 44 entreprises répondant à des critères stricts (production annuelle d’au moins 80 tonnes, lignes de crédit supérieures à $30 millions).

L’impact est structurel : la Chine représente environ 60 à 70% des exportations mondiales d’argent raffiné. Cette restriction a fragmenté le marché global et créé des pénuries régionales que les flux COMEX doivent désormais absorber.

La Demande Physique Industrielle Inélastique

Contrairement à 1980 où la demande était essentiellement spéculative, la demande 2026 est tirée par des acheteurs industriels pour qui l’argent est un intrant critique et non substituable : panneaux solaires, véhicules électriques, composants d’IA, électronique de pointe, applications médicales. Samsung a signé un contrat de pré-achat exclusif (offtake) sur 100% de la production d’une mine mexicaine — un signe que les industriels ne font plus confiance au marché papier pour sécuriser leur approvisionnement.

Cette demande ne disparaît pas quand le prix baisse de 30%. Elle s’intensifie, car les industriels voient le pullback comme une opportunité d’achat.

Sixième Année Consécutive de Déficit

Le marché de l’argent physique entre dans sa sixième année consécutive de déficit offre/demande. L’offre minière est structurellement contrainte par plusieurs facteurs : des teneurs de minerai en baisse, le fait que 70% de l’argent est produit comme sous-produit d’autres mines (cuivre, zinc, plomb), et des délais de 7 à 10 ans entre l’exploration et la première production. Même à $120/oz, la nouvelle offre ne peut pas se matérialiser avant 2033-2036.


6. Le Rôle de la Fed et du Dollar

Le crash métaux intervient dans un contexte macro précis qui a ajouté de la pression vendeuse :

La Fed en pause — Le Federal Reserve a maintenu ses taux inchangés le 29 janvier, avec Jerome Powell signalant que la banque centrale resterait probablement en pause pour un moment, citant une inflation toujours élevée et des perspectives incertaines. L’absence de baisse de taux réduit l’un des catalyseurs haussiers pour les métaux.

Rebond technique du dollar — Le DXY est remonté à 96.58 (+0.30%) après avoir touché des plus bas de 4 ans plus tôt dans la semaine. Le Treasury Secretary Bessent a réaffirmé la politique du « dollar fort », contrastant avec les signaux de Trump qui avait exprimé peu d’inquiétude face à la faiblesse du billet vert. Ce rebond technique a pesé sur l’ensemble du complexe commodities.

La nomination du nouveau Fed Chair — Trump a annoncé la nomination de Kevin Warsh, un critique historique de la politique monétaire ultra-accommodante, comme nouveau président de la Federal Reserve. Cette nomination introduit une incertitude supplémentaire sur la trajectoire des taux.

Tensions géopolitiques — Paradoxalement, les tensions avec l’Iran (menaces de frappes militaires, exercices iraniens dans le Détroit d’Ormuz) auraient dû soutenir les métaux précieux. Mais lors de liquidations forcées, toutes les corrélations se brisent : on vend ce qui est liquide, pas ce qui est fondamentalement justifié.


7. Le Précédent de la Backwardation

Un signal particulièrement important que les rapports COMEX confirment est l’état de backwardation du marché argent : l’argent pour livraison immédiate coûte plus cher que l’argent livré dans le futur. C’est l’inverse du contango normal et c’est un signe de stress physique extrême.

Le rapport de livraison montre un settlement à $78.29 sur le contrat février, un prix déjà en forte baisse. Mais les acheteurs industriels et institutionnels continuent de demander la livraison physique plutôt que de rouler leurs positions vers les contrats suivants. Les 2,514 notices cumulées sur le mois de janvier pour un seul mois de livraison témoignent de cette pression persistante.

Quand les acteurs préfèrent prendre livraison du physique plutôt que de maintenir des positions papier — même pendant un crash — c’est un signal fondamentalement haussier. Cela signifie que la confiance dans la capacité du marché papier à livrer se dégrade.


8. Le Contrat de Mars : La Prochaine Échéance Critique

Avec les stocks registered COMEX à environ 105 millions d’onces — et en baisse après le transfert massif de 3.28M oz vers eligible observé le 29 janvier — le marché regarde déjà vers le contrat de mars, un mois de livraison majeur pour l’argent.

Les données de mi-janvier montraient que sur une seule semaine, 33.45 millions d’onces avaient été retirées physiquement pour livraison, soit environ 26% des stocks registered. Si ce rythme se maintient ou s’accélère pour mars, le COMEX pourrait faire face à un véritable test de capacité.

La stratégie des dépositaires — reclassifier massivement du registered vers eligible — peut être lue comme une mesure préventive : en réduisant le pool officiellement disponible, ils créent une marge de manœuvre pour gérer les flux de livraison à venir. C’est aussi une forme de « rationnement » implicite du métal disponible.

Point clé : le crash des prix papier et le resserrement simultané des stocks physiques créent une divergence croissante entre le marché futures et le marché physique. Plus cette divergence persiste, plus le potentiel de re-pricing à la hausse est important quand les liquidations forcées se terminent.


9. Perspective Historique : Qu’est-il Arrivé Après les Précédents Crashes

Les hausses de marges ont historiquement provoqué des corrections violentes dans les métaux précieux, mais elles n’ont jamais marqué la fin d’un bull market structurel quand les fondamentaux physiques restaient intacts.

En décembre 2025, après les précédentes hausses de marges CME, l’or avait corrigé de $4,549 à $4,330 (-4.5%) et l’argent de $83.62 à $71.66 (-9.5%). Les prix avaient ensuite repris leur tendance haussière pour atteindre de nouveaux records en janvier.

Le « Sunday Night Massacre » de 2011 sur l’argent avait vu le CME relever les marges cinq fois en huit jours, faisant passer l’argent de $49 à $34. Le métal avait ensuite consolidé pendant des années, mais dans un contexte fondamental très différent (pas de déficit physique, pas de restrictions d’exportation chinoises, demande industrielle limitée).

En 1980, la position concentrée des frères Hunt avait été brisée mécaniquement par les hausses de marges. Mais les Hunt étaient des spéculateurs accumulant pour le levier. En 2026, la demande vient d’industriels (Samsung, Tesla, fabricants solaires), de banques centrales, et d’investisseurs institutionnels — une base d’acheteurs infiniment plus diversifiée et résiliente.


10. Le Signal des Analystes Post-Crash

La réaction des analystes dans les heures suivant le crash est en elle-même un signal important. Peter Brandt, légende du trading commodities avec 50 ans d’expérience, avait prévenu du risque de crash la semaine précédente. Après la matérialisation de sa prédiction, il a immédiatement viré tactiquement haussier — anticipant un rebond à court terme.

Marko Kolanovic, ancien chef stratégiste de JP Morgan, avait lui aussi averti d’une correction potentielle de 50%. Après le crash de 30%, lui aussi a changé sa posture vers le haussier. Les deux experts font le même diagnostic : les liquidations forcées de positions leveragées ne changent pas les fondamentaux structurels.

« Quand le prix papier s’effondre, ce n’est pas parce que la demande a disparu — c’est parce que les spéculateurs à levier ont été éjectés par les hausses de marges. »

Points Clés

  • Un crash mécanique, pas fondamental — La chute de 30% a été provoquée par les hausses de marges successives du CME et le passage à un système pourcentuel qui a piégé les positions leveragées. Les fondamentaux physiques (déficit d’offre, restrictions chinoises, demande industrielle) restent intacts.
  • JP Morgan : livreur unique mais en mode protection — Les 633 notices de livraison montrent JP Morgan comme seul vendeur, mais le rapport de stocks révèle une reclassification massive (-1.64M oz) de registered vers eligible — la banque protège ses réserves physiques pour l’avenir.
  • Le registered COMEX se contracte — Le transfert net de 3.28M oz de registered vers eligible réduit le pool livrable. Avec seulement ~105M oz de registered pour un marché en déficit chronique et une demande de livraison croissante, la tension sur le physique va s’intensifier.
  • Le contrat de mars est le prochain catalyseur — Premier mois de livraison majeur après ce crash, il testera la capacité réelle du COMEX à satisfaire la demande. Le rythme de retrait de janvier (33.45M oz en une semaine) est insoutenable si prolongé.
  • La divergence papier/physique est la thèse — Le ratio de 528M oz papier pour 113M oz physique est la fragilité structurelle du marché. Chaque crash papier sans destruction de demande physique rapproche le moment où le marché sera contraint de re-pricer vers la réalité physique.
  • La correction est une opportunité pour les investisseurs sans levier — Le physique ne subit pas d’appels de marge. Les bull markets structurels ne meurent pas de hausses de marges — ils meurent quand les fondamentaux se retournent. Ce n’est pas le cas ici.

Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Les données COMEX présentées sont tirées de rapports officiels publics de la Commodity Exchange, Inc. Les opinions exprimées reflètent une interprétation des données et non des recommandations d’achat ou de vente. L’investissement dans les matières premières comporte des risques significatifs, y compris la perte totale du capital investi. Faites vos propres recherches avant toute décision d’investissement.

Je voudrais ici faire une pause et montrer comment certains « gurus » vendent des formations sur des approches techniques bien pratiques pour impressionner les débutants.

Voici un excellent exemple de « Elliott Waves » qui a l’avantage d’être interprétable à souhait, collé à notre cas d’études ci-dessus.

Elliott Wave et le Crash Argent : Quand l’Analyse Technique Devient de la Divination

Anatomie d’une arnaque intellectuelle à travers le cas concret du 30 janvier 2026

1 février 2026 · 14 min de lecture · Article compagnon : Anatomie du Crash Argent du 30 Janvier 2026

Quelques heures après le crash historique de l’argent le 30 janvier 2026 — une chute de 30% en une seule séance, la pire depuis 1980 — les « analystes » adeptes des vagues d’Elliott se sont précipités pour publier leurs décomptes, leurs projections Fibonacci, et leurs prédictions de « Wave C vers $63 ». Des posts qui accumulent des milliers de vues, parfois produits par des « gurus » qui vendent des formations à plusieurs milliers d’euros.

 

 

Le timing est parfait pour examiner, sur un cas concret et documenté, pourquoi ce type d’approche est fondamentalement inadapté quand un événement de marché a des causes structurelles et mécaniques identifiables. Quand on dispose des rapports COMEX, des données de livraison physique, des décisions de marge du CME et du contexte géopolitique — à quoi sert de dessiner des vagues sur un graphique ?

cliquez sur le graphe pour le voir en pleine page avec une résolution adaptée :


1. Le Post Type : Déconstruction Ligne par Ligne

Voici le type de post qui a circulé massivement dans les 24 heures suivant le crash. Nous l’analyserons point par point.

Le post original (résumé)

« La baisse de ~$121 à ~$74 se décompose en 5 vagues impulsives claires. En Elliott Wave, les corrections ne se terminent pas en 5 vagues. Le pattern le plus probable est un ZigZag (5-3-5) : Wave A impulsive (terminée), Wave B corrective (le rebond actuel), puis Wave C finale vers le bas. […] Elliott Wave ne prédit pas. Il cadre les probabilités. »

Commençons par la conclusion — « Elliott Wave ne prédit pas » — et comparons-la avec le graphique qui l’accompagne : des lignes pointillées projetant très précisément une Wave C vers $63. Si ce n’est pas une prédiction, qu’est-ce que c’est ? C’est la technique rhétorique fondamentale du guru financier : faire une prédiction directionnelle tout en se ménageant une porte de sortie si elle échoue.

Si le silver descend effectivement à $63, le guru dira : « Comme je l’avais analysé. » S’il remonte à $100, il dira : « La Wave B s’est étendue au-delà des paramètres standard, ce qui est une variante connue du framework. » S’il oscille entre $80 et $95, il dira : « Nous sommes dans un triangle correctif de degré intermédiaire. » Il n’existe aucun scénario possible dans lequel la théorie est réfutée. Et une théorie qui ne peut jamais être réfutée n’a, par définition, aucune valeur prédictive.


2. Le Problème de la Non-Falsifiabilité

Karl Popper, le philosophe des sciences le plus influent du XXe siècle, a établi un critère simple pour distinguer la science de la pseudoscience : une théorie scientifique doit être falsifiable. Elle doit pouvoir être prouvée fausse par une observation. La relativité d’Einstein est scientifique parce qu’on peut la tester et potentiellement la réfuter. L’astrologie ne l’est pas parce qu’elle s’adapte à tout résultat après le fait.

Les vagues d’Elliott tombent fermement dans la seconde catégorie. Le framework propose des dizaines de « patterns » — impulsions, corrections, zigzags, plats, triangles, doubles et triples combinaisons — avec des « règles » et des « guidelines » suffisamment flexibles pour accommoder littéralement tout mouvement de prix observé. Quand un décompte échoue, le praticien ne conclut pas que la théorie est fausse — il conclut que son décompte était erroné et en propose un nouveau.

Ce que dit l’Elliottiste

« Le mouvement de $121 à $74 est une Wave A en 5 sous-vagues. On attend un rebond en Wave B puis une Wave C vers $63. »

Ce que disent les données

Le mouvement de $121 à $74 est une cascade de liquidations forcées provoquée par le passage du CME à un système de marge pourcentuel (9% → 11%), drainant plus d’un milliard de dollars de positions leveragées en quelques heures.

La différence fondamentale : l’explication par les données est vérifiable, spécifique, et pourrait être réfutée (si par exemple les données CME montraient que les marges n’avaient pas changé). L’explication par Elliott Wave ne peut pas être réfutée parce qu’elle ne fait référence à aucun mécanisme causal. Elle décrit la forme du mouvement sans jamais en expliquer la substance.


3. Ignorer la Cause : Le Péché Capital

C’est le reproche le plus grave qu’on puisse faire à ce type d’analyse dans le contexte du 30 janvier 2026. Le crash a des causes documentées, datées, quantifiables :

Cause Donnée vérifiable Impact
Passage aux marges pourcentuelles CME notice du 13 janvier 2026 Les marges augmentent automatiquement avec le prix
Hausse de marge 9% → 11% CME notice du 28 janvier 2026 ~$66,000/contrat à $120/oz, liquidations en cascade
JP Morgan livre 633 notices COMEX Delivery Report 30/01/2026 3.165M oz livrées, 100% du côté vendeur
Reclassification registered → eligible COMEX Depository Stats 30/01/2026 -3.28M oz retirées du pool livrable
Contrôles d’exportation chinois Réglementation entrée en vigueur 01/01/2026 60-70% de l’offre raffinée mondiale sous licence
Positionnement spéculatif fragile Données CFTC, semaine du 27/01 Net longs à -36%, plus bas en 23 mois
Fed en pause + rebond DXY FOMC statement 29/01/2026 Pression vendeuse macro supplémentaire

Pas une seule de ces informations n’apparaît dans l’analyse Elliott Wave. Pas une. Le post traite le crash comme si le prix de l’argent évoluait dans un vide, obéissant à des « vagues » intrinsèques au marché, déconnectées de toute réalité extérieure. C’est comme analyser la trajectoire d’une voiture accidentée en étudiant les courbes de la route, sans mentionner que le conducteur a eu une crise cardiaque.

Le point crucial : si le crash a été causé par un changement réglementaire (marges CME) et non par un retournement de la demande fondamentale, alors projeter une « Wave C vers $63 » sur la base de la forme du mouvement est non seulement inutile — c’est activement trompeur. Cela implique une continuation baissière basée sur une logique de pattern, alors que la cause mécanique (liquidations de marge) est un événement ponctuel qui ne se reproduira pas de la même façon.


4. Le Biais de Confirmation dans le Décompte

Le post affirme que la baisse « se décompose en 5 vagues impulsives claires ». Claires pour qui ? Examinons ce que signifie réellement cette affirmation.

Le même mouvement de $121 à $74 peut être décompté de multiples façons :

Décompte A (bearish)

5 vagues impulsives → le mouvement est la Wave A d’une correction plus large → Wave C à venir vers $63

C’est le décompte choisi par le post.

Décompte B (bullish)

3 vagues correctives (ABC) → la correction est terminée → reprise haussière imminente vers de nouveaux records

Tout aussi défendable sur le même chart.

Décompte C (neutre)

Wave 2 d’un degré supérieur → correction profonde mais dans le cadre d’un cycle haussier plus large → objectif final bien au-dessus de $121

Cohérent avec les fondamentaux physiques.

Le choix entre ces trois décomptes — qui donnent des conclusions diamétralement opposées — dépend entièrement du biais préexistant de l’analyste. L’Elliottiste bearish voit 5 vagues. L’Elliottiste bullish voit 3 vagues. Et tous les deux affirment que leur décompte est « clair ». C’est la définition même du biais de confirmation : on sélectionne l’interprétation qui confirme ce qu’on croit déjà.

Robert Prechter, le plus célèbre praticien d’Elliott Wave au monde, a prédit un crash du Dow Jones vers 400 points dans les années 2000. Le Dow est aujourd’hui au-dessus de 40,000. Son décompte était « clair » lui aussi.


5. Le Fibonacci : Un Vernis Mathématique sur du Sable

Le graphique accompagnant le post affiche les niveaux de retracement Fibonacci classiques : 0.236 ($83.56), 0.382 ($89.78), 0.5 ($95.14), 0.618 ($100.82), 0.786 ($109.50). Ces niveaux donnent un sentiment de précision scientifique. En réalité, ils fonctionnent sur un principe très différent de ce que leurs promoteurs laissent entendre.

Pourquoi les niveaux Fib « marchent » parfois

Les niveaux de Fibonacci ne sont pas des lois naturelles qui gouvernent les marchés financiers. Quand ils fonctionnent, c’est pour une raison banale : suffisamment de traders les regardent et placent leurs ordres dessus, créant une prophétie auto-réalisatrice temporaire. C’est le même mécanisme qui fait qu’un chiffre rond comme $100 agit souvent comme support/résistance — non pas parce que $100 a une signification intrinsèque, mais parce que les humains aiment les chiffres ronds.

Pourquoi ils échouent quand ça compte

Le problème survient précisément dans les situations comme le 30 janvier 2026. Quand le mouvement de prix est dominé par des liquidations de marge algorithmiques, les niveaux Fibonacci deviennent invisibles. Les algorithmes de liquidation forcée ne regardent pas des retracements Fibonacci — ils vérifient si le trader a suffisamment de collatéral pour maintenir sa position. Quand la réponse est non, ils vendent au marché, quel que soit le « niveau technique ».

Le crash a traversé tous les niveaux Fibonacci du chart sans même ralentir. Le 0.618, le 0.5, le 0.382 — tous percés en quelques heures. Si ces niveaux avaient une réelle signification structurelle, au moins l’un d’entre eux aurait provoqué un rebond notable. Aucun ne l’a fait. La raison est simple : quand un milliard de dollars de positions sont liquidées de force, les lignes sur un graphique ne comptent plus.

L’ironie : le post utilise ces mêmes niveaux Fibonacci — qui n’ont offert aucun support pendant la baisse — pour projeter les « zones probables » de la Wave B de rebond. Sur quelle base suppose-t-on que ces niveaux fonctionneront à la hausse après avoir échoué à la baisse ?


6. « Les Corrections Ne Se Terminent Pas en 5 Vagues » — Vraiment ?

L’argument central du post est une « règle » d’Elliott Wave : les corrections se font en 3 vagues (ou en combinaisons de 3), pas en 5. Donc si la baisse est en 5 vagues, elle ne peut pas être une correction terminée — il faut en attendre davantage.

Cette « règle » illustre parfaitement le problème épistémologique de toute la théorie. Elle est présentée comme un axiome incontestable, mais elle repose sur une prémisse circulaire :

1Les mouvements impulsifs se font en 5 vagues

 

2Les corrections se font en 3 vagues

 

3Un mouvement en 5 vagues est donc impulsif

 

4S’il est impulsif, la correction n’est pas terminée

 

?Mais comment a-t-on déterminé qu’il y avait 5 vagues et non 3 en premier lieu ?

 

Le problème revient toujours au même point : le comptage des vagues est subjectif. Deux Elliottistes regardant le même graphique produiront des décomptes différents. L’un verra 5 vagues et conclura que la correction continue. L’autre verra une structure en 3 et conclura qu’elle est terminée. Et la « règle » invoquée pour trancher dépend elle-même du décompte qu’on a choisi au départ.


7. Ce Que Disent les Vrais Professionnels

Comparons l’approche Elliott Wave avec celle des analystes qui ont réellement navigué le crash avec succès.

Peter Brandt — 50 ans de trading commodities, a correctement prédit le crash une semaine avant. Sa méthode ? Identification d’un « blow-off top parabolique » basé sur l’analyse de la structure de prix et des volumes. Pas de décompte de vagues. Pas de niveaux Fibonacci. Un pattern simple, historiquement documenté, combiné avec une lecture du sentiment de marché. Et après le crash ? Il a immédiatement viré tactiquement haussier — parce qu’il lit les fondamentaux, pas des vagues imaginaires.

Marko Kolanovic — ancien chef stratégiste de JP Morgan, intronisé au Hall of Fame de l’Institutional Investor. Avait averti d’une correction potentielle de 50% sur l’argent. Sa méthode ? Analyse du positionnement spéculatif, des flux institutionnels, et de la structure du marché futures. Après le crash de 30%, il a changé sa posture vers le haussier. Pourquoi ? Parce que la cause mécanique (hausses de marge) crée un plancher, pas une tendance baissière prolongée.

Commerzbank AG — dans sa note post-crash, a identifié les prises de profits comme catalyseur immédiat, tout en notant que la Fed « pourrait céder à la pression politique » et baisser les taux plus que le marché ne le price. Une analyse qui intègre les mécanismes réels du marché.

Le dénominateur commun : aucun de ces professionnels n’utilise les vagues d’Elliott pour prendre des décisions d’investissement. Ils analysent les flux, le positionnement, les mécanismes de marché, et les fondamentaux. Le crash du 30 janvier en est la démonstration parfaite : ceux qui comprenaient les marges CME savaient ce qui allait se passer. Ceux qui comptaient des vagues ne pouvaient que réagir après le fait.


8. L’Industrie de la Formation : Le Vrai Business Model

Il faut comprendre pourquoi ce type d’analyse prolifère malgré son manque de fondement. La réponse n’est pas dans la qualité de la méthode — c’est dans son business model.

L’Elliott Wave est un produit idéal à vendre comme formation pour plusieurs raisons :

Complexité apparente — Le framework est suffisamment complexe (degrés de vagues, règles, guidelines, patterns alternatifs) pour justifier des formations longues et coûteuses. Plus c’est compliqué, plus ça semble sérieux, et plus on peut facturer.

Courbe d’apprentissage infinie — Comme la théorie n’est jamais falsifiée (un mauvais décompte est toujours la faute du praticien, pas de la théorie), l’élève ne peut jamais « maîtriser » la méthode. Il y a toujours un niveau supérieur, un raffinement, un module complémentaire à acheter.

Récit séduisant — L’idée que les marchés suivent des patterns naturels et prévisibles, liés au nombre d’or et aux séquences de Fibonacci, est esthétiquement attirante. Elle donne un sentiment de contrôle et d’ordre dans un environnement intrinsèquement incertain. C’est psychologiquement réconfortant — et ce qui est réconfortant se vend bien.

Immunité aux échecs — Le guru n’a jamais tort. Si sa prédiction échoue, c’est parce que le décompte doit être « révisé » — et cette révision est elle-même un contenu monétisable (une nouvelle vidéo, une mise à jour du service premium, un nouveau webinaire).

Le vrai produit n’est pas la performance d’investissement. Le vrai produit, c’est la formation elle-même. Le guru gagne de l’argent non pas en tradant mieux que les autres, mais en vendant l’idée qu’il trade mieux que les autres. C’est un business d’éducation, pas d’investissement.


9. L’Alternative : Lire ce Que le Marché Dit Réellement

Si l’Elliott Wave est inadaptée dans un cas comme le crash argent du 30 janvier, qu’est-ce qui fonctionne ? La réponse est moins glamour mais infiniment plus utile : lire les données primaires.

Les rapports COMEX de ce jour-là racontent une histoire que des vagues sur un graphique ne captureront jamais :

Le rapport de livraison montre JP Morgan comme livreur unique de 633 notices (3.165M oz), avec des acheteurs dispersés et aucun whale en face. Cela indique une livraison ordonnée d’obligations contractuelles, pas une panique fondamentale.

Le rapport de stocks montre un transfert coordonné de -3.28M oz de registered vers eligible — les institutions réduisent le métal disponible pour livraison future. Si elles anticipaient une baisse prolongée, pourquoi protégeraient-elles leurs stocks ? Ce comportement est cohérent avec une anticipation de resserrement physique continu, pas avec une « Wave C » baissière.

La backwardation — l’argent pour livraison immédiate coûte plus cher que le futures — est le signal le plus puissant que le marché physique est tendu. Les décomptes de vagues ne mesurent pas la backwardation. Les rapports COMEX, si.

Le ratio papier/physique à 528:113 indique que pour chaque once physique, il existe 4.6 onces de promesses papier. Ce déséquilibre structurel ne se lit pas dans des chandeliers japonais — il se lit dans les données de clearing du CME.

Ces informations sont publiques, gratuites, et disponibles chaque jour ouvré. Elles ne nécessitent pas une formation à $3,000 pour être comprises. Elles demandent de la patience, de la rigueur, et la volonté de lire des tableurs de chiffres plutôt que de dessiner des lignes sur des graphiques.


10. Le Mot de la Fin : La Vraie Discipline

Le post original se termine par : « This is disciplined technical analysis. » C’est une affirmation extraordinaire qui mérite une réponse.

La vraie discipline en investissement, ce n’est pas de plaquer un framework pré-construit sur n’importe quel mouvement de marché. C’est de faire le travail ingrat :

Lire les rapports COMEX quotidiens. Suivre les notices de livraison. Analyser les flux registered/eligible. Comprendre les mécanismes de marge du CME. Lire les réglementations d’exportation chinoises. Écouter les déclarations de la Fed. Calculer les ratios papier/physique. Croiser les données CFTC de positionnement avec les flux réels de métal.

C’est moins photogénique qu’un graphique avec des vagues numérotées et des flèches colorées. Ça ne se vend pas en formation à $2,999. Ça ne donne pas l’illusion rassurante que le marché suit un « plan » lisible.

Mais c’est ce qui permet de comprendre pourquoi le crash du 30 janvier s’est produit, pourquoi il était mécanique et non fondamental, et pourquoi Peter Brandt et Marko Kolanovic ont immédiatement viré haussier après le plus gros crash en 45 ans — pendant que les Elliottistes projetaient des « Wave C vers $63 » basées sur des lignes pointillées.

Il y a une différence entre lire le marché et interpréter des formes dans les nuages. Le crash argent du 30 janvier 2026 en est le cas d’école parfait.

Points Clés

  • Non-falsifiable = non-scientifique — Une théorie qui s’adapte à tout résultat après le fait n’a aucune valeur prédictive. Les vagues d’Elliott ne peuvent jamais être prouvées fausses, ce qui les place dans la même catégorie épistémologique que l’astrologie.
  • Le crash avait des causes identifiables — Hausses de marge CME, passage au système pourcentuel, liquidations forcées, livraisons JP Morgan, contrôles chinois. Aucune de ces causes n’apparaît dans l’analyse Elliott Wave.
  • Le biais de confirmation domine le décompte — Le même mouvement de prix peut être décompté en 3 ou 5 vagues selon le biais de l’analyste, donnant des conclusions opposées. Le décompte reflète l’opinion préexistante, pas une réalité objective.
  • Les niveaux Fibonacci ne sont pas des lois naturelles — Ils fonctionnent parfois par prophétie auto-réalisatrice, mais échouent systématiquement quand le mouvement est dominé par des liquidations mécaniques, comme le 30 janvier.
  • Les vrais professionnels n’utilisent pas Elliott Wave — Brandt, Kolanovic, Commerzbank ont navigué le crash avec des outils fondamentaux : flux, positionnement, mécanismes de marché. Les gurus Elliott Wave ont produit des post-mortems habillés en prédictions.
  • Le business model, c’est la formation — L’Elliott Wave est optimale pour vendre des cours, pas pour investir. La complexité apparente justifie le prix, la non-falsifiabilité empêche l’élève de démontrer que ça ne marche pas, et l’échec est toujours attribué au praticien plutôt qu’à la méthode.
Cet article constitue une opinion critique sur une méthode d’analyse technique et ne vise aucun individu ou service en particulier. Il ne constitue pas un conseil en investissement. L’auteur ne prétend pas que l’analyse technique dans son ensemble est sans valeur — certains outils techniques (volumes, supports/résistances basés sur les flux, sentiment indicators) peuvent compléter utilement une analyse fondamentale. La critique porte spécifiquement sur l’application de frameworks non-falsifiables à des événements de marché dont les causes structurelles sont identifiables. Faites vos propres recherches.

 

 

Update 20260202 : le même « analyste » a produit une nouvelle interprétation Elliott Waves post crash, je la partage avec plaisir, ca illustre parfaitement les critiques que j’ai adressés à cette méthode precedemment.

 

J’ai l’article mais par respect par l’auteur je ne publie pas !


Post-Scriptum : 72 Heures Plus Tard, le Pivot à 180°

Ajouté le 2 février 2026 — Trois jours après le crash, le même analyste Elliott Wave publie une mise à jour. Le résultat est un cas d’école en temps réel de chaque biais identifié dans cet article.

Le post original vs le pivot

30 janvier — Jour du crash

 

Verdict : Bearish

La baisse $121→$74 est une Wave A impulsive en 5 vagues. On attend Wave B (rebond) puis Wave C vers $63. Les corrections ne finissent pas en 5 vagues, donc le mouvement baissier n’est pas terminé.

72h

2 février — Post mise à jour

 

Verdict : Bullish

Le crash est une « lower degree Wave 4 correction » à l’intérieur de Minor Wave 5, elle-même à l’intérieur d’Intermediate Wave 5, à l’intérieur de Primary Wave 3. La tendance haussière reste intacte. « That structure has not yet been invalidated. »

En 72 heures, le même analyste, sur le même actif, utilisant le même framework, est passé d’un objectif bearish à $63 à un verdict bullish « trend intact » — sans jamais admettre que le premier décompte était erroné. Les deux analyses sont présentées comme des applications rigoureuses d’Elliott Wave. Les deux sont accompagnées du même disclaimer : « Elliott Wave ne prédit pas, il cadre les probabilités. »

C’est la non-falsifiabilité en action, filmée en temps réel.

La régression infinie des degrés

Le post de mise à jour introduit la hiérarchie des « degrés de vagues » comme explication :

Primary Wave 3Contient tout le bull market
Intermediate Wave 5Depuis octobre 2025 (~$45)
Minor Wave 5Depuis 1er janvier (~$70)
Micro WaveSous-divisions
Submicro WaveSous-sous-divisions
Minuscule WaveLe crash de -31% vit ici

Six niveaux d’imbrication. Le crash historique de -31% — le pire jour depuis 1980, causé par la nomination d’un président de la Fed, des hausses de marges, et des liquidations de $6.8 milliards — est classifié comme un mouvement « Minuscule » à l’intérieur d’un mouvement « Submicro » à l’intérieur d’un mouvement « Micro ». La terminologie parle d’elle-même.

Et c’est là que réside la clause d’immunité perpétuelle : quand un décompte échoue à un niveau, on descend d’un degré. Quand il échoue là aussi, on remonte d’un degré. Il existe toujours une couche disponible pour absorber n’importe quel mouvement, dans n’importe quelle direction. La question cruciale — à quel prix exact la structure est-elle invalidée ? — n’a pas de réponse fixe. Si l’argent fait $60, c’est une Wave 4 de degré supérieur. Si $40, on change de décompte. Si $30, c’est un « expanded flat ». Le framework a une élasticité infinie.

L’aveu involontaire

Citation du post mis à jour

« You never know in advance how far a 5th wave will extend. Some are short. Some become blow-off tops. »

Cette phrase est extraordinaire parce qu’elle dit la vérité malgré elle. Le framework ne peut pas prédire l’amplitude d’un mouvement. Combinée avec la deuxième citation — « Elliott Wave is not a crystal ball. It is a probabilistic roadmap that evolves as price evolves » — on obtient la définition exacte d’un système qui s’adapte après coup. Un « roadmap probabiliste qui évolue avec le prix » est une façon élégante de dire : je redessine ma carte à chaque intersection.

Si le roadmap n’indique ni la destination ni la distance, en quoi est-ce un roadmap ?

Les causes, toujours absentes

Le post mis à jour contient 400 mots sur les degrés, les timeframes, et la discipline. Il contient exactement zéro mots sur :

La nomination de Kevin Warsh comme président de la Fed
Le renforcement du dollar (DXY +0.8% en un jour)
Les marges CME à 11% et les liquidations forcées
Le spread Shanghai-COMEX à 40% (physique $111 vs papier $78)
Les $6.8 milliards de ventes forcées par rebalancement d’indices
Les lease rates à 8% signalant une pénurie physique aiguë
Les reclassifications registered→eligible de JP Morgan

Toutes ces données sont publiques, vérifiables, et expliquent mécaniquement pourquoi le crash s’est produit, pourquoi il était un événement papier et non physique, et pourquoi le marché physique asiatique a refusé de le valider. Mais elles ne rentrent pas dans un décompte de vagues — alors elles n’existent pas dans l’analyse.

Le piège de la rétention

Le post se termine par un avertissement aux abonnés : « If you mix [timeframes] up, you will almost always sell too early or re-enter too late. » Le message implicite : si vous avez perdu de l’argent, c’est parce que vous n’avez pas correctement appliqué la méthode. Vous aviez besoin de comprendre les degrés, les timeframes, l’imbrication des vagues. La solution à votre échec ? Plus de formation. Plus de contenu. Plus d’abonnement.

C’est le modèle de rétention parfait : l’échec ne réfute jamais la méthode — il justifie un engagement plus profond.

Le vrai test

Si l’Elliott Wave est un outil valide, voici un test simple. Le post affirme que l’argent est en « Minor Wave 5 inside Intermediate Wave 5 inside Primary Wave 3 » et que « la tendance reste intacte ». Prenons-le au mot :

Si l’argent remonte au-dessus de $100 d’ici mars

L’analyste dira : « Comme je l’avais identifié, la Minor Wave 5 n’était pas terminée. Le pullback était une correction de degré inférieur. »

Théorie « confirmée » ✓

Si l’argent descend à $60

L’analyste dira : « La Minor Wave 5 s’est terminée plus tôt que prévu. Nous sommes maintenant en Primary Wave 4 correction. Je mettrai à jour le décompte. »

Théorie « confirmée » ✓

Si l’argent oscille entre $75-90

L’analyste dira : « Nous sommes dans un triangle correctif de degré intermédiaire, typique avant la dernière impulsion. Patience. »

Théorie « confirmée » ✓

Tout résultat confirme la théorie. Aucun résultat ne la réfute. C’est la définition même d’un système sans valeur prédictive — et le crash du 30 janvier 2026, suivi du pivot à 180° en 72 heures, en est la démonstration la plus éloquente qu’on puisse imaginer.

Cet article constitue une opinion critique sur une méthode d’analyse technique et ne vise aucun individu ou service en particulier. Il ne constitue pas un conseil en investissement. L’auteur ne prétend pas que l’analyse technique dans son ensemble est sans valeur — certains outils techniques (volumes, supports/résistances basés sur les flux, sentiment indicators) peuvent compléter utilement une analyse fondamentale. La critique porte spécifiquement sur l’application de frameworks non-falsifiables à des événements de marché dont les causes structurelles sont identifiables. Faites vos propres recherches.