Le Piège LMP
Comment la France a spolié ses investisseurs immobiliers
Chronique d’un démantèlement fiscal organisé
Introduction : La promesse trahie
Pendant des décennies, le statut de Loueur en Meublé Non Professionnel (LMNP) a été présenté comme le placement idéal pour préparer sa retraite. Simple, accessible, avec une fiscalité avantageuse et une promesse claire : après 15 ans de détention (puis 22 ans), vos plus-values seraient exonérées d’impôt sur le revenu.
Des centaines de milliers de Français ont joué le jeu. Ils ont investi, déclaré consciencieusement leurs revenus, attendu patiemment d’atteindre les seuils d’exonération. Certains ont accumulé 20, 25, parfois 30 ans d’ancienneté.
Puis, sans préavis, sans information, les règles ont changé. Et ces investisseurs découvrent aujourd’hui, souvent chez le notaire au moment de vendre, qu’ils doivent payer des dizaines de milliers d’euros d’impôts qu’ils n’avaient jamais anticipés.
Partie 1 : L’appât — Le LMNP, placement miracle
Le dispositif originel
Le LMNP offrait une combinaison unique d’avantages :
- Revenus imposés en BIC avec possibilité d’amortir le bien
- Régime micro-BIC simplifié avec abattement forfaitaire de 50% à 71%
- Plus-values taxées selon le régime des particuliers avec abattements pour durée de détention
- Exonération totale après 15 ans (puis 22 ans pour l’IR, 30 ans pour les PS)
La distinction LMNP / LMP : le choix qui n’existe plus
Avant 2020, pour être Loueur en Meublé Professionnel (LMP), il fallait remplir TROIS conditions cumulatives :
- Recettes locatives supérieures à 23 000 € par an
- Recettes supérieures aux autres revenus d’activité du foyer
- Inscription au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS)
Cette troisième condition était cruciale : elle permettait de CHOISIR son statut. Même avec des revenus élevés, on pouvait rester LMNP en ne s’inscrivant pas au RCS. C’était un choix conscient, délibéré, avec des conséquences fiscales connues.
Partie 2 : Chronologie du démantèlement
| Année | Changement | Impact |
|---|---|---|
| Avant 2012 | Exonération PV après 15 ans | Horizon raisonnable, prévisible |
| 2012 | Extension à 22 ans (IR) + 30 ans (PS) | Premier allongement significatif |
| 2012 | Création des PS sur plus-values immo | Nouvelle couche fiscale (17,2%) |
| 2017 | Affiliation SSI obligatoire pour LMP | Vote entre Noël et Jour de l’An, de nuit |
| 2020 | SUPPRESSION condition RCS | Passage LMP AUTOMATIQUE et SILENCIEUX |
| 2024 | Loi Le Meur : seuils micro-BIC effondrés | Tourisme non classé : 15 000 € |
| 2025 | Seuil franchise TVA abaissé à 25 000 € | Nouvelle couche administrative |
| 2025 | Réintégration amortissements LMNP | Fermeture de la dernière porte |
Le vote de nuit : une spécialité française
L’affiliation obligatoire au régime social des indépendants (SSI) pour les LMP a été votée entre les fêtes de Noël et le Jour de l’An, en séance de nuit. Ce n’est pas un hasard : les mesures les plus impopulaires passent systématiquement quand personne ne regarde.
Cette méthode — votes nocturnes, sessions entre deux fêtes, cavaliers législatifs — est devenue la signature du législateur fiscal français. Elle garantit une couverture médiatique minimale et empêche toute mobilisation des contribuables concernés.
Le coup de grâce : 2020
La loi de finances pour 2020, combinée à une décision du Conseil Constitutionnel, a supprimé la condition d’inscription au RCS. Du jour au lendemain, des dizaines de milliers d’investisseurs sont passés LMP AUTOMATIQUEMENT, sans :
- Aucune notification officielle
- Aucune information proactive de l’administration
- Aucune possibilité de s’y opposer
- Aucun recours possible
Partie 3 : La technique des seuils-pièges
L’une des caractéristiques les plus perverses du système français est l’utilisation des seuils comme instrument de piégeage fiscal. Le mécanisme est toujours le même :
- Créer un seuil d’exonération ou de régime favorable
- Laisser les contribuables s’organiser pour rester sous ce seuil
- Attendre quelques années que les situations se cristallisent
- Abaisser brutalement le seuil
- Piéger tous ceux qui se trouvent entre l’ancien et le nouveau seuil
Exemples concrets de seuils effondrés
| Dispositif | Seuil initial | Seuil actuel |
|---|---|---|
| Micro-BIC tourisme classé | 188 700 € | 77 700 € |
| Micro-BIC tourisme non classé | 77 700 € | 15 000 € |
| Franchise TVA (locations courtes) | 85 000 € | 25 000 € |
| Abattement micro-BIC tourisme | 71% | 30-50% |
Chaque seuil était présenté comme une « porte de sortie », un moyen de rester dans un régime favorable. Ces portes n’étaient que des trappes : elles se sont toutes refermées les unes après les autres.
Partie 4 : L’arsenal fiscal complet
Le volet TVA : une couche supplémentaire
Comme si l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux ne suffisaient pas, le législateur a ajouté la TVA à l’équation. Depuis 2025, les locations meublées de courte durée (moins de 30 jours) avec services para-hôteliers peuvent être assujetties à la TVA.
Le seuil de franchise, initialement fixé à 85 000 €, a été abaissé à 25 000 €. La même technique que pour les autres seuils : créer un refuge apparent, puis le supprimer.
L’assujettissement à la TVA implique des obligations déclaratives lourdes, une comptabilité complexe, et réduit considérablement la capacité des petits propriétaires à se défendre face à l’administration.
L’instabilité fiscale : la mort du long terme
L’immobilier est, par nature, un investissement de long terme. On achète pour 10, 20, 30 ans. On fait des projections, des business plans, on calcule sa rentabilité future.
Or, en France, les règles fiscales changent en moyenne tous les 2 à 3 ans. Parfois rétroactivement. Toujours sans période transitoire significative. Jamais avec compensation.
Conséquence : plus aucun investisseur sérieux ne peut établir un business plan à plus de 3 ans. L’investissement immobilier locatif en France est devenu un pari, pas un placement.
Cette instabilité chronique produit exactement l’inverse de ce que prétend vouloir le législateur : elle favorise la spéculation court terme, l’évasion fiscale, et la fuite des capitaux vers des juridictions plus prévisibles.
Partie 5 : Les conséquences dévastatrices
Le régime des plus-values professionnelles
En passant LMP, le régime fiscal des plus-values change radicalement :
| Critère | LMNP | LMP |
|---|---|---|
| Régime PV | Particuliers | Professionnelles |
| Abattements durée | OUI (exo 22-30 ans) | AUCUN |
| Amortissements | Non réintégrés (avant 2025) | Toujours réintégrés |
| Cotisations sociales | PS 17,2% | SSI ~40% |
| Taux effectif max PV | 0% après 30 ans | Jusqu’à 62,2% |
L’ancienneté accumulée : anéantie
C’est là que réside toute l’injustice : un investisseur qui a détenu son bien pendant 25 ans, pensant bénéficier d’une exonération quasi-totale, découvre que ses années d’ancienneté NE SERVENT À RIEN en régime LMP. Les abattements pour durée de détention n’existent tout simplement pas en plus-values professionnelles.
Exemple chiffré : le réveil brutal
Situation : Un investisseur a acheté un appartement 100 000 € en 2000. Il le revend 300 000 € en 2025 après 25 ans de détention.
| Élément | En LMNP | En LMP |
|---|---|---|
| Plus-value brute | 200 000 € | 200 000 € |
| Abattement IR (> 22 ans) | -100% | 0% |
| Abattement PS (~25 ans) | -70% | 0% |
| Base taxable IR | 0 € | 200 000 € |
| Base taxable PS | 60 000 € | 200 000 € |
| IMPÔT TOTAL | ~10 000 € | ~90 000 € |
Différence : 80 000 € d’impôt supplémentaire
pour le même bien, la même détention, le même contribuable.
Partie 6 : Anatomie d’un piège parfait
Les caractéristiques du piège
Progressif : Chaque changement, pris isolément, semblait « raisonnable ». L’allongement de 15 à 22 ans ? « Normal, il faut harmoniser. » L’ajout des PS ? « Logique, c’est pour la Sécu. » La suppression du RCS ? « Simplification administrative. »
Silencieux : Aucune notification n’est envoyée quand on passe de LMNP à LMP. Le contribuable continue à déclarer en micro-BIC, sans se rendre compte que son statut a changé. Il ne découvrira la vérité qu’au moment de vendre.
Rétroactif de fait : Bien que techniquement non rétroactif, l’effet est le même : toute l’ancienneté accumulée avant 2020 ne sert plus à rien. 20 ans de détention patiente, anéantis.
Irréversible : Une fois LMP, il est quasi impossible de revenir LMNP. Il faudrait que les recettes meublées passent sous 23 000 € OU deviennent inférieures aux autres revenus d’activité. Pour un retraité vivant de ses loyers, c’est mathématiquement impossible.
Découverte tardive : Le piège se révèle chez le notaire, au moment de signer la vente. Trop tard pour restructurer, trop tard pour optimiser, trop tard pour tout.
Le profil des victimes
Ce ne sont pas des fraudeurs ou des optimisateurs agressifs. Ce sont des investisseurs « bon père de famille » :
- Souvent proches de la retraite ou déjà retraités
- Qui ont joué le jeu pendant 20 à 30 ans
- Qui ont déclaré honnêtement tous leurs revenus
- Qui n’ont pas de fiscaliste attitré
- Qui faisaient confiance au système
Ce sont précisément les personnes qui n’ont pas les moyens de se défendre, ni les ressources pour s’expatrier.
Partie 7 : Le narratif politique — L’amalgame organisé
La coalition multipartite anti-Airbnb
Fait rare dans le paysage politique français : la loi Le Meur (2024) a réuni une quasi-unanimité parlementaire. De la gauche à la droite, des écologistes aux républicains, tous ont convergé vers un même objectif : « réguler » la location saisonnière.
Cette convergence inhabituelle s’explique par la puissance du narratif construit : « Airbnb tue le logement ». Un slogan simple, émotionnel, qui désigne un coupable identifiable.
Derrière ce consensus apparent, on trouve aussi le lobbying efficace du secteur hôtelier (UMIH, GNI), qui a su transformer une question de concurrence commerciale en « cause nationale ».
L’amalgame : confondre symptôme et cause
Le narratif officiel affirme que les locations saisonnières sont responsables de la crise du logement. C’est un amalgame grossier qui ne résiste pas à l’analyse :
- Les meublés de tourisme représentent environ 3% du parc locatif national
- La crise du logement préexistait largement à l’essor d’Airbnb (essor sur le marché Francais en 2015)
- Les locations de vacances existent depuis des décennies, bien avant le « problème du logement »
- L’impact est réel mais localisé (Paris, côtes) et ne justifie pas une réponse nationale uniforme
Les vraies causes de la crise du logement
Les causes réelles de la crise du logement sont systémiquement occultées car elles impliqueraient de remettre en question des choix politiques coûteux :
- Effondrement du secteur de la construction neuve (normes RE2020 délirantes, coûts prohibitifs, inflation matériaux)
- Hausse brutale des taux d’intérêt (rendant l’accession impossible pour des millions de ménages)
- Instabilité fiscale chronique (décourageant tout investissement locatif privé)
- Contraintes DPE (interdisant la location de millions de logements « passoires »)
- Encadrement des loyers (réduisant la rentabilité et donc l’offre)
- Chute du pouvoir d’achat (empêchant l’épargne et l’investissement)
- Crise générale impactant toutes les décisions de long terme
Plutôt que de traiter ces causes structurelles — complexes, coûteuses, impopulaires — le législateur a choisi un bouc émissaire visible et facile à attaquer : le petit propriétaire qui loue son bien sur Airbnb.
Partie 8 : Les rares portes de sortie
Pour ceux qui comprennent le piège à temps, quelques options existent encore :
Article 151 septies : l’exonération sur recettes
Si la moyenne des recettes sur les deux dernières années est inférieure à 90 000 €, les plus-values professionnelles sont exonérées. Mais cela implique de réduire drastiquement son activité locative — exactement ce que le système cherche à imposer.
Transmission au décès
La plus-value est purgée au décès. Autrement dit : ne vendez jamais, mourez avec vos biens. Belle perspective de liberté économique.
L’expatriation
Partir. C’est souvent la seule vraie solution pour ceux qui en ont les moyens. Mais attention à l’exit tax sur les titres de sociétés (> 800 000 €), et au fait que les revenus fonciers français restent imposables en France même après départ. Le système a pensé à tout.
Conclusion : Un contrat social rompu
Ce qui s’est passé avec le LMNP/LMP n’est pas un simple ajustement fiscal. C’est la rupture d’un contrat implicite entre l’État et ses citoyens.
L’État a dit : « Investissez dans l’immobilier locatif meublé, vous bénéficierez d’une fiscalité avantageuse et d’une exonération après 15/22 ans. »
Les citoyens ont fait confiance. Ils ont investi leur épargne, parfois leur héritage, dans ce schéma. Ils ont patienté des décennies.
Puis l’État a changé les règles — silencieusement, progressivement, méthodiquement — de façon à ce que personne ne comprenne ce qui se passait jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Les votes de nuit entre deux fêtes, les seuils-pièges, l’absence de notification, la rétroactivité de fait, l’impossibilité de revenir en arrière : tout cela n’est pas le fruit du hasard. C’est de l’ingénierie fiscale.
Ce n’est pas de la fiscalité. C’est de la prédation organisée.
« En France, on peut faire fortune, mais pas la garder. »
— Sagesse populaire, confirmée par le législateur
« L’impôt tue l’impôt, mais avant, il tue le contribuable. »
— Adaptation libre de Laffer
Note de l’auteur : Cet article est le fruit d’une expérience personnelle et de nombreux échanges avec d’autres investisseurs confrontés à la même situation. Il ne constitue pas un conseil fiscal. Consultez un professionnel pour votre situation particulière — si vous en avez encore les moyens après avoir payé vos impôts.
Petit ajout :
j’ai parlé « d’inflation matériaux » très rapidement, mais ca cache une réalité très dure :
après ou pendant le Covid, les centres de négoces de matériaux ont appliqué 2 augmentation successives de 30% par trimestre.
Résultat : l’énorme augmentation a réduit les rendements de manière catastrophique – au point que le retour sur investissement devient si long que l’investissement initial n’est plus possible !
En regardant les rendements immobiliers de litoral dans ma région, je me suis apercu que les rendements arrivaient rarement à 2% – donc sous l’inflation – autrement dit, un investisseur s’apauvrit en montant ce type d’opération.
Ca ne touche pas que l’investissement immobilier – voici un exemple qui touche à la production agricole/elevage : https://www.youtube.com/watch?v=ICdDc7Y37Bk&t=293s
Dans le même temps, les changements de réglementation impactant les constructions – normes, DPE, fiscalité – ont fini de tuer le secteur.
J’ajoute que le gouvernement et bientot l’UE nous annoncent combattre « AirBNB » mais contrairement à la Russie par ex qui a combattu rééllement AirBNB en empechant son installation sur leur sol, nos autorités combattent les propriétaires clients de AirBNB et non AirBNB. C’est tres différent !
Ainsi les propriétaires supportent une DOUBLE SANCTION : obligés de passer par AirBNB qui leur preleve entre 20-28% de leur chiffre d’affaires, et essorés derrière par une fiscalité « anti-AirBnb » qui ne touche AirBnb qu’indirectement en tuant ses clients.