📉 Les CDS s’envolent : un signal d’alerte sur la bulle IA ?

Analyse du stress grandissant sur la dette d’Oracle, CoreWeave et des géants de l’IA

Depuis plusieurs semaines, un phénomène discret mais révélateur agite les marchés financiers : une hausse brutale des
Credit Default Swaps (CDS) de plusieurs acteurs clés de l’intelligence artificielle.
Ces instruments, utilisés pour se protéger contre le risque de défaut d’une entreprise, jouent aujourd’hui le rôle de
baromètre de la confiance – ou de la méfiance – envers l’économie de l’IA.

Alors que l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle reste immense, le marché du crédit, lui, commence à émettre
des signaux d’alerte.

🔍 Qu’est-ce qu’un CDS et pourquoi cela compte pour le secteur IA ?

Un CDS 5 ans représente le coût de l’assurance contre la faillite d’une entreprise sur une période de cinq ans.
Plus le spread monte, plus le risque perçu augmente.

  • Le prix s’exprime en points de base (bps).
  • 118 bps = 1,18 % du montant assuré, par an.

Un CDS qui double ou triple en quelques mois n’est jamais un détail : c’est le marché du crédit qui indique
qu’il ne croit plus totalement à la trajectoire financière de l’entreprise concernée.

🚨 Oracle : du géant stable au symbole du risque IA

Le cas le plus marquant est celui d’Oracle, historiquement considéré comme un émetteur investment grade solide.

📈 Une envolée spectaculaire

  • Cet été : environ 35–40 bps.
  • Mi-novembre : environ 118 bps.

Le coût de l’assurance a donc triplé en quelques mois, atteignant son plus haut niveau depuis le marché baissier de 2022.
Concrètement, il faut désormais 118 000 $ par an pour protéger 10 M$ de dette Oracle.

🧨 Des volumes record sur le marché des CDS

Le volume d’échanges sur les CDS Oracle a atteint environ 5 milliards de dollars sur sept semaines,
soit une hausse d’environ ×25 sur un an. Oracle est ainsi devenu l’un des principaux supports pour
se couvrir contre un choc dans le secteur de l’IA.

🧭 Pourquoi Oracle devient un proxy de la bulle IA ?

  • Endettement massif pour financer des data centers et l’infrastructure IA.
  • Deals complexes avec des acteurs comme OpenAI et d’autres partenaires IA.
  • Notation de crédit plus faible que ses pairs (Baa2 / BBB, proche du high yield).
  • Concentration du risque sur la croissance future de l’IA et la réussite des grands contrats.

En clair, Oracle n’est pas en danger immédiat, mais le marché commence à pricer un pari risqué
sur la trajectoire de son expansion dans l’IA.

⚠️ CoreWeave : l’indicateur extrême du stress IA

Moins connu du grand public, CoreWeave est l’un des leaders de l’infrastructure GPU pour les grands modèles IA.
Son CDS est devenu un véritable thermomètre de la fragilité structurelle du secteur.

💥 Un CDS à 699 bps : un niveau de stress sévère

En l’espace de quelques semaines, le CDS 5 ans de CoreWeave :

  • est passé d’environ 360 bps,
  • à près de 700 bps.

On atteint là un niveau typique du haut rendement spéculatif (“distressed”),
associé à un risque de défaut perçu comme élevé par le marché.

Cette tension est alimentée par :

  • un recours intensif à la dette,
  • une forte dépendance au cycle IA / Nvidia,
  • des investissements massifs dont la rentabilité à long terme reste incertaine.

CoreWeave est ainsi devenu un cas extrême : un acteur au cœur de la vague IA,
mais exposé à un risque financier beaucoup plus élevé que les géants cotés.

📊 Les géants IA : spreads en hausse, mais situation plus saine

Pour mesurer la situation globale, il est utile de comparer ces niveaux à ceux des autres grands acteurs de l’IA.

Entreprise CDS 5 ans (approx.) Commentaire
Microsoft 30–35 bps Toujours très solide (AAA), légère remontée des spreads.
Amazon 35–40 bps Hausse modérée, bilan robuste et diversifié.
Alphabet (Google) ≈ 38 bps Au plus haut depuis 2 ans, mais niveau toujours sain.
Meta ≈ 40 bps Spreads en hausse, mais loin des seuils de stress.
Oracle 105–120 bps Forte tension liée aux paris IA massifs et à l’endettement.
CoreWeave 650–700 bps Cas très risqué, typique du haut rendement spéculatif.

🧩 Comment lire ce tableau ?

Les hyperscalers (Microsoft, Amazon, Google, Meta) restent dans des niveaux de risque
faibles à modérés. Leurs bilans solides et leur diversification jouent un rôle protecteur.

À l’inverse, les acteurs plus endettés et plus concentrés sur l’IA – notamment Oracle et CoreWeave –
se retrouvent en première ligne dans le repricing du risque observé sur le marché du crédit.

🧠 Pourquoi le marché du crédit se méfie de l’euphorie IA ?

Trois raisons structurantes expliquent cette montée de prudence :

1️⃣ Explosion des CAPEX IA

Les data centers, les GPU et les infrastructures réseaux exigent des dépenses d’investissement (CAPEX)
de plusieurs milliards de dollars, avec un retour sur investissement parfois lointain ou incertain.

2️⃣ Forte concentration des revenus IA

Une grande partie de la croissance attendue repose sur quelques clients ou partenaires majeurs
(hyperscalers, grands laboratoires IA, acteurs cloud), ce qui augmente le risque de concentration.

3️⃣ Fin du financement « gratuit »

Les taux d’intérêt ne sont plus proches de zéro. Les entreprises dont le modèle repose sur une croissance explosive
sans visibilité sur la rentabilité future doivent désormais prouver leur solvabilité beaucoup plus vite.

🧭 Que raconte vraiment la hausse des CDS ?

Contrairement à une lecture alarmiste, le marché ne prédit pas forcément l’éclatement immédiat de la bulle IA.
Il envoie plutôt un message nuancé :

« Les dépenses IA ne pourront pas augmenter indéfiniment sans contreparties financières.
Les bilans les plus fragiles doivent être surveillés. »

En clair :

  • Le secteur de l’IA reste structurellement prometteur.
  • Mais les acteurs les plus agressifs sur la dette deviennent des vecteurs de risque pour les investisseurs crédit.
  • Les CDS sont désormais le terrain de jeu privilégié pour ceux qui veulent se couvrir ou parier contre la bulle IA.

📝 Conclusion : l’IA entre enthousiasme et avertissement silencieux

Le marché du crédit joue souvent un rôle précurseur. La forte hausse des CDS d’Oracle et de CoreWeave
ne signifie pas la fin de l’IA, loin de là. Elle indique plutôt que la phase d’euphorie totale laisse place
à une analyse plus froide des bilans et des modèles économiques.

Si la croissance de l’IA se matérialise comme prévu, ces tensions de spreads pourraient se détendre.
En revanche, si les revenus attendus déçoivent, les niveaux actuels de CDS apparaîtront peut-être
comme les premiers signaux d’alerte.

Une chose est sûre : l’époque où l’IA se finançait « à coût quasi nul » est terminée.
Le secteur entre dans une phase où l’allocation du capital et la qualité du crédit
comptent autant que les promesses technologiques.

Où trouver une marketplace des CDS sur Oracle ?

Il n’existe pas de marketplace publique pour les CDS sur Oracle comparable à une bourse actions ou à un site de trading en ligne pour particuliers.
Les swaps de défaut de crédit (CDS) sur Oracle se négocient sur des plateformes institutionnelles OTC,
réservées aux investisseurs professionnels.

1️⃣ Où se traite le CDS Oracle ?

Les CDS « single-name » sur Oracle sont principalement échangés sur des plateformes électroniques de dérivés de crédit institutionnels :

  • Tradeweb – grande plateforme de CDS indices et single-name en Europe et aux États-Unis (RFQ auprès de plusieurs dealers, exécution électronique).
  • ICE (Creditex / ICE Swap Trade) – exécution électronique de CDS, données de marché et agrégation de prix, souvent citée comme source pour les spreads Oracle.
  • MarketAxess – plateforme crédit avec possibilité de traiter certaines listes de CDS single-name via RFQ.
  • Bloomberg Terminal – hub de données et RFQ : visualisation des courbes de CDS Oracle et possibilité d’envoyer des demandes de prix à des banques.

En pratique, la « marketplace » des CDS Oracle, ce sont donc ces plateformes électroniques
couplées aux banques de marché, pas un site ouvert au grand public.

2️⃣ Qui peut y accéder ?

Pour négocier directement un CDS sur Oracle, il faut généralement :

  • Un statut d’investisseur professionnel / contrepartie éligible (MiFID, etc.).
  • Un ISDA Master Agreement signé avec une ou plusieurs banques (ou un prime broker).
  • Un raccordement technique à une plateforme type Tradeweb, MarketAxess, Bloomberg ou ICE.

En résumé :

  • Banques, asset managers, hedge funds, assureurs : accès direct possible aux CDS Oracle.
  • Investisseurs particuliers : accès direct au CDS Oracle quasiment inexistant.

3️⃣ Que faire selon ton profil ?

🔹 Si tu es investisseur institutionnel / pro

  • Passer par tes courtiers crédit / dérivés pour être branché sur Tradeweb, MarketAxess ou Bloomberg RFQ.
  • Configurer Oracle CDS (5Y, 3Y…) comme instrument dans ton OMS / EMS (Aladdin, Charles River, etc.).
  • Souscrire à des flux de données type ICE Data Services ou Bloomberg pour suivre les spreads et historiques.

🔹 Si tu n’es pas institutionnel mais avancé

Tu ne pourras probablement pas traiter le CDS Oracle brut, mais tu peux :

  • Passer par une banque privée / broker pro qui peut te structurer un produit répliquant une position CDS (note, swap, TRS, etc.).
  • Utiliser des fonds ou ETF crédit qui intègrent eux-mêmes des CDS dans leur stratégie.
  • Employer des proxies listés (options, futures, position sur l’action Oracle) pour exprimer une vue risque, même si ce n’est plus du CDS pur.

4️⃣ Suivre simplement les données de CDS sur Oracle

Si ton objectif est surtout de suivre le niveau de risque crédit sur Oracle sans traiter directement :

  • Consulter la presse financière et les portails de marché qui citent régulièrement les spreads CDS Oracle avec source ICE ou Bloomberg.
  • Utiliser un terminal Bloomberg / Refinitiv (si tu y as accès) pour voir les courbes, historiques, probabilités de défaut implicites, etc.
  • Regarder les graphiques et commentaires publiés par certains brokers en ligne dans leur section “news marché”.

Conclusion

Il n’existe pas de marketplace CDS Oracle accessible au grand public. Les échanges se font sur des
plateformes institutionnelles OTC (Tradeweb, MarketAxess, ICE, Bloomberg RFQ),
via des banques, et uniquement pour des clients professionnels disposant d’un cadre ISDA.