En ce moment je m’exprime souvent sur le fait que de belles entreprises avec des fondamentaux excellents, des croissances stables mais raisonnables (10-20%), voire même des résultats dépassant les attentes,  ne performent pas sur les marchés financiers – voici mon explication de ce phénomène.

L’investissement passif est-il en train de tuer le capitalisme ?

Pendant longtemps, les marchés financiers ont été façonnés par l’analyse, la recherche et les décisions éclairées de millions d’investisseurs. Aujourd’hui, une part croissante du marché n’est plus déterminée par des analystes… mais par des logiciels automatisés. Et cela change profondément la manière dont le capitalisme fonctionne.

Quand les flux automatisés remplacent la découverte des prix

Le capitalisme repose sur un principe simple : le capital doit se diriger vers les meilleures idées, les entreprises les plus performantes et les opérateurs les plus innovants. Pour les autres leur évaluation va les placer dans une grille équilibrée puisque chaque sous-évaluation devient une opportunité de gain et chaque sur-évaluation un risque avec premium.
D’un autre côté il élimine les mauvais élèves et fait le ménage lorsque les modeles économiques ou les technologies changent : c’est ainsi qu’il est le garant d’une économie adaptée aux besoins et à l’époque – contrairement à une économie dirigée et subventionée undecided.
C’est ce mécanisme qui permet la découverte des prix.

Mais l’investissement passif bouscule cet équilibre.
Les fonds indiciels n’évaluent rien : ils achètent automatiquement les actions qui composent un indice, dans les proportions imposées par ce dernier. À petite échelle, cela ne pose pas de problème. À l’échelle de milliers de milliards de dollars, cela transforme la structure même du marché.

L’enjeu n’est donc pas l’existence de l’investissement passif, mais son poids devenu dominant, qui risque de neutraliser les mécanismes essentiels du capitalisme.

Comment l’investissement passif a pris le contrôle des marchés

Toutes les deux semaines, des millions de salariés US alimentent automatiquement des fonds retraite. Les entreprises ajoutent leur contribution. Les fonds à date cible rééquilibrent leurs positions.
Résultat : des flux massifs se dirigent vers les fonds indiciels, sans aucune analyse humaine.

Et parce que la plupart de ces fonds répliquent les grands indices, une grande partie du nouvel argent se concentre mécaniquement sur les plus grosses entreprises du marché.

Une société de taille moyenne peut tripler ses bénéfices et rester ignorée.
Une méga-cap peut rater ses objectifs et continuer d’être achetée, simplement parce que l’indice l’exige.

Le centre de gravité du marché s’est déplacé.

La boucle qui amplifie les plus grands acteurs

Plus une entreprise est grosse, plus elle pèse dans l’indice.
Plus elle pèse dans l’indice, plus les fonds passifs doivent l’acheter.
Plus ils l’achètent, plus elle grossit.

Cette boucle de rétroaction récompense la taille, indépendamment de la performance réelle.
Le marché devient rétrospectif : il récompense le passé plutôt que d’allouer du capital à l’innovation future.

Un marché qui se transforme en oligopole

Dans un système saturé par les flux passifs :

  • les startups attirent moins de capital,

  • les mid-caps sont délaissées,

  • les géants deviennent encore plus dominants.

On glisse progressivement vers une structure de marché oligopolistique, qui apparaît non pas par stratégie, mais par automatisme.

Les entreprises n’ont plus besoin de convaincre les investisseurs.
Les dirigeants subissent moins de pression pour optimiser leur gestion.
La médiocrité devient acceptable tant que la capitalisation reste élevée.

C’est précisément ce que le capitalisme visait à éviter.

La fausse diversification des fonds indiciels

Beaucoup d’investisseurs pensent être diversifiés parce qu’ils détiennent un fonds contenu plusieurs centaines de titres.
Mais quand les 10 plus grandes entreprises dictent la majorité de la performance, la diversification devient illusoire.

La dépendance aux méga-caps crée une fragilité cachée : la moindre perturbation affectant ces géants peut se répercuter sur tout le marché.

Ce n’est plus de la diversification.
C’est une concentration déguisée.

Quand les flux dictent les prix

La découverte des prix nécessite des investisseurs qui évaluent les entreprises et débattent de leur valeur.
Les flux passifs, eux, créent des acheteurs forcés :

  • peu importe la valorisation,

  • peu importe les perspectives,

  • peu importe la qualité de l’entreprise.

Si l’indice dit « acheter », ils achètent.

Le marché cesse d’être un mécanisme d’évaluation et devient un mécanisme de flux. Les prix dérivent progressivement de la réalité, non pas par irrationalité humaine, mais par automatisme.

C’est ainsi que se forment les bulles modernes.

Le vrai risque : que se passe-t-il si les flux diminuent ?

Tant que l’argent continue d’affluer, le système tient.
Mais une baisse des contributions — due à un ralentissement économique, au vieillissement de la population ou à des tensions sur l’emploi — peut modifier brutalement la donne.

Sans acheteurs passifs :

  • les valorisations doivent redevenir fondées sur les fondamentaux,

  • beaucoup d’entreprises surévaluées devront être corrigées,

  • le marché peut connaître des ajustements violents.

Le jour où les flux s’inversent, le système se met à nu.

Où se trouvent les opportunités dans ce contexte ?

Comprendre ces distorsions n’est pas un appel à la peur, mais une invitation à repenser l’allocation du capital.

Une masse trop importante se concentre sur un nombre limité d’actions, ce qui ouvre des opportunités considérables ailleurs :

  • secteurs sous-évalués,

  • entreprises moyennes en forte croissance,

  • industries structurellement porteuses,

  • innovations ignorées par les indices.

Quand tout le monde regarde dans la même direction, les meilleures opportunités se trouvent ailleurs.

Conclusion : le problème n’est pas l’investissement passif, mais son échelle

L’investissement passif n’est pas un ennemi. Il a démocratisé l’accès aux marchés et réduit les coûts.
Mais à une échelle colossale, il déforme les prix, affaiblit la concurrence et étouffe l’innovation.

Un marché où presque plus personne n’évalue les entreprises n’est plus un marché capitaliste :
c’est un système mécanique déguisé.

Le capitalisme repose sur le choix.
Et l’investissement passif — sans le vouloir — a commencé à créer un monde où les choix ne comptent plus.

 

Ma conclusion « finale » et dérangeante est qu’une fois de plus, c’est les effets devastateurs de la « masse ».
La masse n’est pas informée ou plutot elle est « mass-informée » par des « mass-médias » qui forment une « mass-opinion ».
Et tout ca n’est pas beau à voir : sur le plan financier ca donne un pilotage aux inflows et à la popularité, sur les autres plans, y compris politique chez nous, toutes les questions sont réglées devant et derrière une TV !
Le cerveau et ses opinions quant à lui sera bientôt remplacé par l’opinion dominante fournie via ChatGPT qui ne fait que reproduire le « mass-contenu » qu’il trouve sur internet sur les sujets d’interet avec un gros zest de censure et de gardes-fous. Un peu à la manière de Wikipédia qui « blanchit » de l’information orientée mais sous une forme qui parait plus « intelligente » et surtout qui fournit le consensus dominant à partir de données variées en apparence et pourtant deja filtrées pour etre acceptables. Dernier ex ce matin révélé par P.Durov : « L’UE instrumentalise les fortes émotions suscitées par la protection de l’enfance pour imposer la surveillance de masse et la censure ! »
On s’éloigne et pourtant c’est bien le coeur du sujet : moins de cerveau, plus de conformisme et donc plus de pilotage.
Si vous étiez optimistes, cessez  ! 😀